Editoriaux

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Affirmer que l’opéra comique naquît d’une seule traite au début du XVIIIème siècle serait une erreur monumentale. Sa naissance révèle bien davantage : une mouvance qui fit passer les représentations des planches des foires à celle des salles, son inspiration internationale, sa diversité d’abords.
Devant la montée de la tragédie lyrique ou des grandes orchestrations de Rameau, Mondonville ou Rebel-Francoeur, une toute autre école voit le jour en ce début de siècle mettant en avant des compositeurs comme Grétry, Monsigny et Philidor.
Loin de l’opulence instrumentale d’un Platée, de la simplicité avant toute chose, tel est le maître mot de ces auteurs dont le seul soin fût de révéler un genre nouveau.
Maître en la matière, et pour le citer en parfait exemple de ce mouvement novateur, nous parlerons donc d’André Danican Philidor.
André Danican Philidor
Né à Dreux en 1726, il devient très vite page de Campra, alors Maître de la Chapelle Royale, et quelques années plus tard, il présente ses premières œuvres religieuses devant le roi…ce qui lui vaut quelques compliments. Formé dans la lignée française, le compositeur décide très vite de parfaire ses connaissances en voyageant, notamment en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, en Italie… une formation complète s’il en est.
De retour en France, en 1754, il se livre entièrement à la musique (son autre passion étant les échecs !). Il collabore ainsi à des représentations à l’Opéra Comique, à la Comédie Italienne, mais ce sont davantage sur les tréteaux des foires de St Germain et de St Laurent que ses œuvres sont saluées avec le plus vif enthousiasme.
Œuvre majeure s’il en est Le Maréchal Ferrant est ainsi monté sur la scène de St Laurent plus d’une centaine de fois de suite.
Le Maréchal Ferraut - l'ensemble Almaziz dirigé par Iakovos Pappas
La Grenouille, extraite du Maréchal Ferrant par l'ensemble Almaziz
Encore une fois ce succès vient sans aucun doute de l’étonnante clarté d’écriture de notre compositeur pour cette œuvre, à une époque où l’écriture du comique tend à s’élargir une orchestration chargée. Deux violons, une basse-continue, deux flûtes et un hautbois pour un air suffisent ainsi à mettre en scène Le Maréchal Ferrant (contrairement à d’autre de ses compositions où l’instrumentation est bien plus conséquente comme Tom Jones).
Au nom de cette simplicité d’écriture (sans dénuement pour autant) ainsi qu’à l’introduction flagrante de madrigalismes (avec l’utilisation de formules dépeignant soit des sentiments soit des bruits naturels) cette œuvre s’inscrit à la fois dans le genre de l’opéra comique et renoue en même temps avec l’ancienne comédie ballet du XVIIème siècle. Réforme ou plutôt restauration, cette composition fait figure d’exemple dans le genre comique bouffe et fait de son auteur un véritable révélateur en la matière.
De l’opéra bouffon, au sens le plus noble, Philidor est une passerelle incontournable vers les dites grandes scènes de l’opéra comique, certes plus seyantes ou plus fréquentables, mais pétries de l’esprit de la Foire.
Coralie Welcomme